En Transcaucasie : la Géorgie
En Transcaucasie : la Géorgie

En Transcaucasie : la Géorgie

La Géorgie est un ancien pays de l’Union Soviétique, elle obtient son indépendance en 1991. C’est un pays faisant partie de l’Europe (appartenant au conseil Européen), au carrefour avec le continent asiatique. Je me rends vite compte par le trafic maritime sur la mer noire, de l’importance des échanges commerciaux entre les deux continents. La monnaie locale est le Lari (un euro valant environ 3,5 GEL). On y parle le géorgien, mais aussi le russe pour la majorité des habitants. La nouvelle génération maîtrise plutôt bien l’anglais.

Mon premier point de chute dans le pays est la ville de Batumi, sur les berges de la mer Noire. Ville agréable à vivre, plutôt moderne, mais aussi des bâtiments à l’architecture soviétique. Les procédures sanitaires imposent aux étrangers arrivant par voie terrestre de faire un test PCR trois jours après l’entrée (en plus de celui présenté à la frontière). Pas de bol, il est positif, mais je reste asymptomatique : pas de souffrance durant « l’isolement » d’une semaine.

Je reprends donc la route direction Koutaïssi (l’ancienne capitale), en longeant une partie de la mer Noire. La neige tombée ces derniers jours peine à fondre. Le littoral est vraiment agréable malgré les températures hivernales. En s’enfonçant dans les terres, j’aperçois au nord ainsi qu’au sud, de grandes chaînes montagneuses. En effet, la Géorgie est une sorte de plateau central délimitée par le grand Caucase faisant frontière avec la Russie au nord, et le petit Caucase au sud partagé avec la Turquie et l’Arménie. En avançant vers l’Est, que je jette un regard à gauche ou à droite, mon esprit s’évade vers ces sommets enneigés.

Je traverse pas mal de petits villages. La première chose qui m’interpelle, c’est l’installation des canalisations : elles sont hors sol, à deux mètres de hauteur. Je ne sais pas si c’est l’eau ou le gaz qui y circule, mais l’hiver, ces liquides doivent geler !! Concernant mes premiers contacts avec la population, je les qualifierais de timides, voir un peu froids. Ce qui, au début me fait regretter les sourires et l’immense sympathie des turques. Mais je comprends par la suite qu’une fois le premier pas de fait, une fois la glace brisée, les géorgiens sont d’une gentillesse qui leur est propre. Le contact est plus simple avec les hommes, qui me saluent à chacun de mes signes, ou bien m’abordent pour m’indiquer les itinéraires possibles. Au fil des jours, je me retrouve au cœur de contrées perdues aux pieds du Caucase. C’est là que je me sens le mieux !! La nature, les petits patelins, et les gens souriants !! Les commerçantes qui prennent le temps de me faire goûter des produits inconnus à mes yeux, les discussions aux coins de rues… Le monde rural rassemble bel et bien =). C’est une règle universelle que j’ai pu vérifié dans l’ensemble des pays que j’ai traversé pour le moment.

J’arrive à Koutaïssi, la ville n’a pas grand intérêt à mes yeux. Je prends donc le vélo pour visiter les environs, dont le monastère de Gelati. La religion dominante en Géorgie est le christianisme orthodoxe. Sur chaque petit vallon, au cœur de chaque village, une église ou un monastère est présent. J’adore leur architecture et l’ambiance qui y règne. Je prends également le temps de me ravitailler au marché, et me concocte de petits plats me permettant de manger un peu plus équilibré =). La route entre Koutaïssi et Tbilissi s’annonce montagneuse. Une nuit, Orduk m’autorise à dormir sous l’avancée de son toit, afin d’être abrité du vent et du gel de la nuit. J’aime plus que tout mon sac de couchage dans ces moments là ^^. Le jour d’après, ayant planifié de m’écarter de la départementale, je m’engage sur une petite route sinueuse, mais l’avancée sera vite stoppée : je me retrouve sur un chemin, de la boue jusqu’aux sacoches !! En questionnant les locaux, c’est ainsi durant plus de trente kilomètres… Je fais demi-tour pour retrouver l’ennui de la départementale et rejoins la ville de Gori (ville de naissance de Staline). De là, les chemins pour rejoindre Tbilissi sont magiques : vierges de circulation, et riches en rencontres.

L’entrée dans la capitale se fait plutôt bien. Le trafic est présent mais pas aussi important que dans les grandes villes turques. Durant ma semaine de visite à Tbilissi, j’ai également pris le temps de projeter mon futur itinéraire. En effet, la ville me permet de rencontrer des personnes venant de Russie et bien entendu d’Asie centrale. Les réponses à mes questions me tombent vite sous le nez : impossible de passer la frontière entre la Géorgie et la Russie pour les touristes… Et concernant l’Azerbaïdjan ainsi que l’Iran, aucun moyen de passer les frontières terrestres à vélo !! Le Turkménistan ne délivre plus de visa aux étrangers. Tout cela dû aux restrictions sanitaires (une nouvelle fois monsieur COVID a bon dos…). Dans l’histoire, je perds donc mon visa iranien (que j’avais eu tant de mal à obtenir à Istanbul ^^), et je me retrouve face à plusieurs choix. Soit je patiente en Géorgie en espérant que les frontières réouvrent un jour, mais je n’ai pas assez de temps devant moi pour cela. Soit je prends un avion pour l’Asie centrale (Ouzbékistan) et poursuis mon itinéraire vers le Tadjikistan, Kirghizstan et Kazakhstan : mais je sais maintenant que le même problème se posera pour passer en Russie (qui garde ses frontières terrestres fermées)… Cela ferait perdre tout son sens au voyage : je me déplace à vélo, pas en avion.. Et budgétairement ce serait impossible pour moi. Soit je patiente trois mois afin de pouvoir obtenir un nouveau visa pour la Turquie et regagner l’Europe via ce pays : mais je suis trop impatient de reprendre le vélo et de rouler. Alors, l’ultime solution qui colle à mes convictions est celle de prendre un ferry de Batumi vers Odessa (en Ukraine). Après moultes réflexions, le billet est réservé pour le 18 février.

Heureusement, la douceur de vivre de la ville de Tbilissi m’a permis de réfléchir convenablement à tout cela. Il est facile de s’évader sur les hauteurs de la ville, sur ses forts, et au delà vers les lacs et les grands espaces, pour faire le point sur mes envies futures. J’ai adoré cette semaine de repos. L’architecture de la ville oscille entre le moderne, les influences turques et soviétiques, le tout parsemé d’édifices chrétiens tous aussi somptueux les uns que les autres. Culinairement, je me suis refais une santé ^^. Atelier cuisine avec une géorgienne (Téa) qui m’a gentiment accueilli, et m’a appris à façonner les fameux khinkalis (raviolis géorgiens fourrés le plus souvent de viande). Une semaine de repos qui tombe à pic, car la suite du voyage va s’annoncer glacial ^^.

Cette tour donnant l’impression d’être sur le point de s’écrouler appartient au théâtre de marionnettes de la ville. L’édifice a subi de longues rénovations et la tour fu construite en 2010, elle est l’une des principales curiosités de Tbilissi.

Rezo Gabriadze dirige depuis plus de quarante ans ce petit théâtre. Il est également connu en France pour ses représentations mettant en scène ses légendaires marionnettes, tout en poésie.

Je quitte Tbilissi, direction les sommets du Caucase sud. Deux journées me sont nécessaires pour dépasser la ville de Tsalka : profil ascendant durant ces cent quarante kilomètres. Cette région est également appelée « Sibérie géorgienne ». Je l’ai vite compris : vent glacial, températures négatives, l’eau de mes bidons, et du thermos a gelé !! Mais pour avoir passé deux nuits sous tente, je n’ai étrangement pas eu si froid. A Berta, j’ai été accueilli par les frères Ilarion, Thomas, Ilia et Mate au sein de leur monastère. Je débarque le jour de la fête annuelle du lieu de culte !! La salle à manger est immense, digne des décors de films : grandes tablées, des sièges sur lesquels on pourrait s’asseoir à deux, des « trônes » pour les frères. Le tout sous une charpente boisée, ciselée de dentelles. Je ne vous raconte pas l’ambiance : rigolades, chacun en va de son histoire, le vin coule à flot au milieu des serveuses qui font de leur mieux pour faire parvenir les mets sous le nez de ces messieurs. Quand l’assistance remarque mon entrée, les accolades n’en finissent pas, des appels sont lancés dans les villages voisins pour trouver un jeune parlant anglais et servant de traducteur. Moi qui souffrait tellement face au vent, épuisé de ma journée : je me retrouve confronté devant tant d’enthousiasme et d’énergie, les bras m’en tombent ^^. Le frère Ilarion m’installe à ses côtés, s’en suit une présentation de chacun des convives (ils étaient une quarantaine). Une assiette et une choppe me sont apportés. Ca y est, le marathon commence !! Sans rien n’y comprendre, je me retrouve avec la choppe remplie de vin géorgien, et s’enchaînent des toasts à tout va : un toast pour le frère Ilarion, et cul sec !! Un pour le frère Thomas, cul sec !! Un pour l’accueil, un pour le soleil qui brille, un pour le vent qui souffle… Bref, vous avez compris, toute occasion est bonne pour se rincer le gosier. Moi qui n’ai pas touché à une goutte d’alcool depuis des mois, je fais comprendre qu’en France nous buvons le vin avec patience afin d’en apprécier toutes ses qualités ^^. Prétexte qui est tout à fait compris et respecté !! Ca m’évitera de rentrer trop joyeux et de me réveiller avec une gueule de bois demain matin . Ca faisait longtemps que je n’avais pas autant rit, sans toujours comprendre pourquoi d’ailleurs (surement les bienfaits du vin). La France et la Géorgie ont donc cet art du savoir vivre et le goût des bonnes choses en commun. Après cette euphorie collective, frère Thomas me fait prendre possession de ma chambre. Je suis aux anges pour cette nuit. Je m’endors avec le bruit de la fureur du vent comme fond musical.

Depuis Berta, je poursuis ma route vers Batumi. Deux journées de lutte face au vent m’ont fait par moment oublier pourquoi j’étais là : le froid paralyse, empêche de réfléchir, ou du moins prend le contrôle de la pensée. Je ne sais pas comment le corps fait pour se battre de telle sorte face aux éléments, sans vouloir abandonner. Avec un peu plus de lucidité, ou de sagesse, j’aurai fait demi-tour. Mais je ne l’ai pas été ce jour là. Vers 14h, je ne pouvais plus avancer, plus d’énergie, plus la force de lutter. Je me suis posé dans le seul abri que j’ai croisé : dépourvu de toit et de fenêtres. J’étais congelé, des pieds à la tête… J’ai sorti ma doudoune, mon sac de couchage et le seul souvenir que j’ai ensuite est celui de mon réveil à 18 heures !! Le corps m’a lâché, je tente de remettre les pendules à l’heure. Je voulais me faire à manger, mais l’eau de mes bidons et gourdes était gelée.. Pas de neige à l’extérieur pour ne serait-ce que m’hydrater un peu. Je me recouche, au chaud dans mon sac de couchage. Le lendemain, je file vers le premier patelin pour me réchauffer dans une épicerie, et m’y faire dorloter par le commerçant. C’est à ce moment que mes neurones renvoient le signal au cerveau !! Je m’insulte, je prends conscience du risque que j’ai pris, et me dis plus jamais ça. Et puis je fini par sourire, je me dis que le corps est une belle machine, que j’ai eu de la chance de trouver cet abri de fortune, et qu’il est temps de repartir, car Batumi m’attend =). Que cette expérience me serve de leçon, c’est certain. Mon dernier jour de vélo avant d’arriver à Batumi est sublime : du soleil, sans vent, je longe les remparts de ces mastodontes enneigés. Je suis content de retrouver la mer Noire et un lieu que je connais.

Je suis arrivé à Batumi le 16 février, soit deux jours avant le départ du ferry pour l’Europe. Mais ce dernier a été retardé à deux reprises pour je ne sais quelles raisons. C’est donc le lundi 21 février que j’embarquerai direction l’Ukraine. Trois jours de traversée sur la mer Noire. Une expérience assez dingue que de se retrouver en pleine mer sur un bateau commercial. En avant pour de nouveaux horizons !!

Autre spécialité géorgienne : le Khachapuri. C’est un pain façonné de différentes manières selon la région. Chaque famille a sa propre recette. Il est généralement garni de fromage et d’un œuf.

Pour le déguster, il suffi de détacher des morceaux du pain et de les tremper en son centre afin d’y recueillir fromage et œuf. C’est extra =).

Itinéraire pour les curieux.

Quelques ponts de passage en Géorgie : Batumi, Kobuleti, Koutaïssi, Kharagauli, Gori, Tbilissi, Manglisi, Tsalka, Tabatskuri, Akhaltsikhé, Shuakhevi, Batumi.