La Turquie : de Mardin à l’Iran
La Turquie : de Mardin à l’Iran

La Turquie : de Mardin à l’Iran

Depuis Midyat, je roule vers le nord-ouest vers Batman. C’est une nouvelle journée extraordinaire de par les paysages qui défilent sous mes yeux mais aussi face à la découverte du fleuve Tigre. Serpentant aux pieds des falaises, se frayant un chemin pour glisser vers l’Irak. Ca me prend aux tripes et sans explications bien claires. C’est juste beau, et je dois accepter d’être sensible à ce que je vois. Je longe la rive nord du fleuve jusqu’à Batman. Une belle averse orageuse m’y accueille, ainsi qu’un marchand : il m’interpelle afin que je m’abrite dans sa boutique. Après avoir fait connaissance, je me retrouve attablé avec un thé et des baklawas sous le nez. J’avoue qu’ils sont les bienvenus ^^. Une fois l’orage passé je dégote une piaule dans une pension.

La route se poursuit vers le nord, et non sans mal. De la pluie, du vent, de la neige fondue. Je gagne en altitude. Je me précipite dans le dernier massif montagneux de l’itinéraire turque. Est-ce pour ça que le service est si dur ? Je lutte des kilomètres durant avant d’arriver dans un gros bourg. Je cherche de quoi rester ici cette nuit. Mais il est bien difficile de tomber sur une âme, sûrement parce qu’il pleut averse… Je pousse la porte d’un petit café : vide. Le propriétaire ne comprend pas ma requête. Je finis par me dire que je vais devoir rouler encore un peu jusqu’à ce qu’une ruine m’ouvre les bras pour la nuit. Au moment où j’enfourche la bécane, un petit bus s’arrête, le chauffeur me demande ce que je fais ici. Je lui explique que Tatvan est ma destination. Ce dernier hausse les bras, partant dans un monologue que lui seul comprend et les passagers du véhicule. Deux personnes sortent, pointent du doigt mon vélo puis l’intérieur du bus. Ok, on charge la bête, je m’installe à l’avant à côté du chauffeur et me voilà parti ^^. Je comprends très vite ce que Ören essayait de m’expliquer quelques minutes plus tôt. Plus les kilomètres défilent, plus mes remerciements sont nombreux envers mon sauveur !! Une tempête de neige recouvre tout sur son passage. Il nous aura fallu une heure trente pour avaler les soixante kilomètres menant à Tatvan. Des voitures étaient sur les bas côtés de la route. Je ne sais pas comment j’aurais fait à vélo… Arrivé à destination, plus de neige, de la flotte, et même quelques éclaircies au coucher du soleil. Je dégote une chambre et resterai deux jours sur cette rive ouest du lac de Van, situé à 1600 mètres d’altitude.

La neige n’a cessé de tomber deux jours durant. Le matin de mon départ, je peine à me frayer un chemin dans les 20 centimètres de poudreuse. Je tente de quitter la ville, mais les routes ne sont pas déneigées. Je glisse, chute et me fais klaxonner par les poids-lourds. Le bon gros coup de klaxon qui signifie « bouge de là » ^^. Têtu comme je suis, je poursuis en pensant que cette neige ne m’arrêtera pas !! C’est là que je regrette de ne pas me trouver en pleine nature, sur un sentier, loin du stress de la ville et du trafic. Car je n’aurais pas eu le choix, j’aurais avancé et sans me soucier du camion ou de la mobylette du coin. J’abandonne ma bataille, ça devient trop dangereux pour moi et les autres. Je choppe un bus qui m’avancera d’une quarantaine de kilomètres. Je retrouve une route praticable et des conducteurs moins excités. En début d’après-midi j’arrive à Van, ville se trouvant sur la berge Est du lac, c’est à dire pile en face de Tatvan. Il s’agit du plus grand lac de Turquie et l’un des plus grand au monde. Je profite de visiter le château au coucher du soleil : magnifique. Les températures sont glaciales, et le ciel est bleu. Les massifs enneigés plongent dans les eaux du lac d’altitude, c’est tout ce que j’aime.

Je me sens en vacances, l’esprit libre. Le matin je me lève sans penser à l’itinéraire du jour, ni à mes réserves alimentaires, et encore moins au bivouac du soir. Je dois avouer que ça fait du bien. Je me consacre à la lecture, l’écriture, la flemmardise, et à dégoter un café où passer de bons moments avec les locaux autour d’un thé. J’ai durant quatre jours quitté ma routine organisée du nomade à vélo. Mais l’appel de la route se fait vite ressentir, ainsi que l’excitation de découvrir ce nouveau pays à mes yeux qu’est l’Iran, se trouvant plus qu’à 130 kilomètres.

Une des spécialités turques en terme de sucreries est le Tatlisi (ou halka tatkisi). C’est un churros frit puis baigné dans du sirop de glucose. Une belle invention pour donner un bon coup de fouet (très) sucré lors d’un effort ^^. Il existe également des sortes de beignets frits, subissant eux aussi le bain sucré avant d’être dégustés.

Itinéraire pour les curieux

Quelques points de passage de Mardin à l’Iran : Mardin, Midyat, Batman, Ziyaret, Tatvan, Resadiye, Edremit, Van, Saray.