Prolongations en Turquie
Prolongations en Turquie

Prolongations en Turquie

Depuis la ville de Van, je prends la direction de Saray : dernière ville qui m’accueillera avant l’Iran. En ce jour de Noël sur les routes, je reçois les plus beaux des cadeaux offert par dame Nature. Des paysages hors normes, à couper le souffle. Je suis aux anges. Il fait très froid : -12°C, et le ciel bleu contraste avec le blanc immaculé des montagnes. Une pause est inévitable en début d’après-midi, le froid rendant si douloureux mes doigts ainsi que mes pieds… C’est dans un petit restaurant de la ville d’Özalp que je trouve du réconfort pour mes extrémités et mon moral !! Comme d’habitude, je suis soumis à l’interrogatoire de toute l’équipe ; je leur explique que je compte franchir la frontière iranienne le lendemain. Etonné, la patron me dit que les touristes ne sont plus admis depuis ce jour en Iran. Je tombe des nues et ne veux pas croire cette affirmation. Je conclu qu’il s’agit d’une mauvaise traduction de ma part. Je reprends la route pour Saray où je passerai la nuit. L’Iran n’est plus qu’à 25 km. Le réceptionniste du logement me fais doucement comprendre que je devrais renoncer à passer la frontière. Je commence donc à me poser des questions… Je jette un œil sur le site « diplomatie.fr » : effectivement, l’Iran ferme en ce 25 décembre à cause du variant Omicron et ce pour au moins quinze jours. Tout s’effondre autour de moi. Ce foutu COVID va continuer à paralyser le monde jusqu’à la fin des temps ?! A vif, je regrette d’avoir passé quatre jours de repos à Van, et je refais le monde avec des « si ». Une nuit m’aidera à m’apaiser sans pour autant relativiser ^^.

Je décide tout de même de tenter le coup. Le dimanche 26 décembre 2021, je brave le froid et me présente au poste de frontière turc où tout se déroule très bien. Arrivé devant les dirigeants iraniens, c’est une tout autre histoire. L’accueil n’est ni très tendre ni très diplomate. Je justifie ma présence ici (jouant à l’ignorant concernant la fermeture des frontières) en présentant mon visa et tous les documents demandés. En vain. C’est un NON catégorique. Je ne pensais pas paraître aussi impressionnant pour avoir le privilège d’être escorté par quatre militaires vers la sortie ^^. Ce que je trouve injuste, c’est le ballet incessant d’allée et venue des iraniens sous mes yeux, sans aucun problème, sans test PCR demandé… Ils doivent sûrement être mieux immunisés que le petit frenchi à vélo… Un douanier me voyant désespéré me dit que je suis autorisé à rentrer en Iran par voie aérienne uniquement. Où est donc la logique ? Par voie terrestre le COVID a plus de chance de faire de mal que dans un avion ? Ce n’est que le soir que j’ai compris. L’Iran délivre à nouveau des visas touristiques depuis deux mois. Ils ne peuvent donc pas fermer tous les accès au pays sous peine de devoir rembourser les visas déjà délivrés. Il n’est pas question de monter dans un avion , je campe sur mes positions, quitte à perdre mon visa iranien. Ce dernier se périme le 10 février 2022. Me revoilà du côté turc. Les douaniers sont tellement gentils : ils comprennent ma déception et m’invite à manger un bout et me réchauffer autour d’un thé avant de repartir. Où est ce qu’on voit cela ? Qu’en Turquie je pense. Le destin me demande de rester dans ce beau pays, c’est que j’ai encore à y vivre de belles choses !!

Je rebrousse donc chemin, et reprends mes marques à Van afin d’éclaircir mon itinéraire futur. Je prends la décision de tenter l’expérience un peu folle de rouler vers le Nord-Est de la Turquie pendant ces quinze prochains jours, en attendant que l’Iran m’ouvre ses portes. Pour être un peu plus précis, cette région est la plus froide du pays. Je m’en suis très vite rendu compte. Tempêtes de neige, -20°C, du givre, du blizzard. Autant vous dire que la tente ne sera plus de sortie pendant quelques semaines !! Heureusement, de modestes petites chambres d’hôtel, et pensions me tendent les bras. Je passerai une semaine dans la ville d’Agri, bloqué par les chutes de neige mais surtout par le froid polaire. Le record de températures négatives de la ville s’abaisse à -49°C il y a une vingtaine d’années. De quoi faire rougir le village de Mouthe dans le Doubs ^^. Je fais ici des rencontres incroyables. Tous les après-midi, j’ai un petit rituel : investir les banquettes d’un petit café de fortune. Le café Nuri (du nom de son propriétaire) a ses habitués, dont une belle bande de copains que j’ai eu la chance de rencontrer. Firat, Mesut, Savas, Ridvan, Kemal, Furkan, Kemal, Dogukan, Adem… Ils rendent ce voyage si beau et enrichissant. Rouler c’est bien, c’est beau, mais rencontrer c’est tellement mieux !! Des après-midi à rigoler, boire du thé, et laisser le temps filer. Comme ils aimaient tant le préciser : j’étais leur invité. Ils m’ont (beaucoup trop) donner, sans compter. Une soirée dans un hammam traditionnel où nous avons fait peau neuve ^^. En souvenirs, un bonnet, une paire de chaussette et une écharpe aux couleurs de l’équipe de foot de la ville. Je quitte ces lieux avec d’énormes et beaux souvenirs en tête. Pas simple de laisser ces amis derrière soi !! Oui, en peu de temps je pense qu’une amitié peut se créer. Je reprends donc la route : le verdict est tombé, l’Iran gardera ses frontières terrestres fermées pour les ressortissants européens. Ce sera vers la Géorgie que mes rayons prendront l’air.

Avant de fouler les terres géorgiennes, je dois affronter de nouveaux caprices météorologiques. Une tempête de neige s’abat sans prévenir en fin de matinée m’imposant la descente du vélo. Aucune issue possible, j’attends qu’une âme charitable me sorte de ce pétrin. De nouveau, c’est un chauffeur de bus qui me tend les bras. Il m’avancera de 200 km !! La tempête s’est exprimée durant le trajet tout entier. Au col, à 2400 mètres d’altitude, des voitures et camions sont abandonnés sur le bord de route. Le conducteur est un as du volant. J’ai eu de belles frayeurs tout de même : à 110 km/h sur des routes enneigées !! Je veux bien qu’il ait l’habitude, mais ce n’est pas commun. En tous cas, je l’aurais bien fait rire avec mon air crispé à chaque virage ^^. Je passerai une nuit à Ardahan pour ensuite rouler vers la petite ville de Posof, située à quinze kilomètres d’un poste frontière géorgien. Il a neigé toute la journée, les villageois me prennent pour un fou. Le gérant d’un hôtel restaurant m’invite à passer la nuit dans son établissement. J’accepte. De nouveau une douche froide. Faruk m’annonce que ce poste de frontière vers la Géorgie est fermé depuis deux jours par manque de personnel pour effectuer les contrôles sanitaires !! Je préfère en rire… Impossible de vérifier cette information sur les sites officiels. Je vais donc devoir rebrousser chemin vers les berges de la mer noire et franchir le poste frontière proche de la ville de Batumi. Un problème à résoudre d’ici là : mon test PCR réalisé à Ardahan n’est valable que trois jours durant, je devrai donc me faire charcuter le nez une seconde fois, avant les contrôles douaniers. Quel business ces tests PCR !!

La petite ville de Posof est reculée et coupée du monde, au cœur de sublimes montagnes. Durant la nuit qui suivit mon arrivée, 60 cm de neige ont recouvert les lieux. Les routes d’altitude sont fermées à la circulation. J’en profiterai donc pour explorer cette petite contrée perdue. Le lendemain, c’est en bus que je rejoindrai Ardahan. Puis deux jours à vélo jusqu’à Hopa. Le jour d’après, le chapitre « Turquie » de mon voyage sera clôturé.

Itinéraire pour les curieux

Quelques points de passage du Nord-Est turc : Van, Özalp, Saray, Van, Ercis, Patnos, Tutak, Agri, Horasan, Ardahan (bus de Horasan à Ardahan), Posof, Ardahan, Savsat, Artvin, Hopa, Sarpi.