Retour en Europe : Ukraine et Moldavie
Retour en Europe : Ukraine et Moldavie

Retour en Europe : Ukraine et Moldavie

Trois jours de traversée de la mer Noire à bord d’un ferry commercial, c’est bel et bien une sacrée expérience. Rien que le chargement du bateau vaut la peine d’être vécu. Il faut savoir que ces navires (de la compagnie UKR ferry) sont dotés dans le fond de leurs cales de rails permettant d’accueillir des wagons entiers de marchandises. Les ports de Batumi et Poti en Géorgie (ainsi que leurs homologues en Europe de l’Est), ont la possibilité de créer une liaison entre les lignes ferroviaires d’Asie et d’Europe grâce à ces fameux navires. Au second niveau du bateau, viennent se garer au centimètre près, une quarantaine de camions de transport. Et bien entendu ces flottes accueillent des passagers. Vivre sur un navire, au rythme des repas, et de la houle, perdu au milieu d’une mer, sans rien de plus que la ligne de l’horizon en vue, permet de me livrer à d’autres occupations que pédaler ^^. J’y ai fait de supers rencontres, essentiellement des chauffeurs routiers. Certains rejoindront l’Allemagne, d’autres la Pologne, la Roumanie, la Hongrie… J’étais le seul à ne pas parler russe à bord. Ce qui n’a rien enlevé à la sympathie des échanges. Alors si vous avez du temps devant vous lors de vos prochains voyages, et qu’une envie de traverser la mer Noire vous enchante, sachez qu’il existe plusieurs liaisons entre la Géorgie, la Turquie et l’Europe de l’Est. Je vous le conseille =).

C’est donc dans la nuit du 23 au 24 février que le bateau accoste à Odessa (Chornomorsk), autour de deux heures du matin. Les agents de contrôle, et douaniers montent sur le navire pour les procédures habituelles que l’on peut subir aux frontières. Cela prend un peu de temps, mais mon passeport est tamponné, bienvenue en Ukraine !! Suite aux tensions avec la Russie, les militaires ukrainiens me précisent qu’il est préférable de rester dans la partie ouest du pays, et d’éviter Kiev (la capitale). Je prends note. Il est 3h30 lorsque je descends à quai, de là s’enchaînent d’autres contrôles : fouille des sacoches, plusieurs vérifications du passeport. J’arrive au dernier check point à 4h15. Le gardien n’est pas là. Un numéro de téléphone est à disposition, mais je ne peux pas appeler (mon forfait ne me le permets pas hors UE). Je fais le tour de toutes les piaules, je réveille pas mal de monde inutilement, pour enfin tomber sur le gardien qui doit m’ouvrir cette dernière porte. Après le contrôle, je lui demande pour rester dormir deux ou trois heures avant de reprendre la route. Il accepte et m’ouvre une pièce chauffée avec des banquettes. Je ne le remercierai jamais assez !! Je m’effondre de fatigue, quand vers 5h30 un gros bruit de claquement de porte me réveille. L’agent affolé vient me voir, me parle en Ukrainien ou russe. Je ne comprends rien, et il termine par me demander si je vais bien. Je réponds que oui et me rendors aussitôt. A ce moment là, je ne savais pas qu’il s’agissait des bombes qui venaient d’éclater à 15km de là sur l’aéroport de la ville. Ce n’est que le matin, à mon départ (7h) que j’ai compris que quelque chose s’était passé (ou allait se produire). Encore une fois, je ne remercierai jamais assez cet homme qui m’a permis de rester dormir dans ses locaux, et par la même occasion remercier ma bonne étoile…

Dès les premiers kilomètres à vélo, je vois des files d’attente interminables de voitures aux stations essence, et les gens se ruer dans les magasins. Les kilomètres défilent, je roule vers la Moldavie que je souhaite atteindre ce soir coûte que coûte. Malgré les contrôles sur la route et l’ensemble des engins militaires croisés, je suis étonnement calme. Je ne panique pas. Tout comme l’ensemble de la population. Il y a un flux de voiture qui quitte le pays, je fais partie de ce convoi. Impossible pour moi de profiter des paysages, la fatigue d’une petite nuit, et l’ensemble des questions qui me traversent l’esprit m’empêchent d’observer l’environnement dans lequel je progresse. J’arrive à la frontière vers 13h30. Il y a quasi quatre kilomètres d’attente. Je commence à patienter derrière les voitures qui me devancent, quand un ukrainien parlant anglais vient me voir, m’indiquant qu’il est possible de passer en tant que piéton et donc éviter cette longue attente. Je le remercie et file au poste. Toutes ces familles, ces enfants, je n’ose pas croiser leurs regards.. Mais je vais très vite me rendre compte de l’élan de solidarité qui va s’imposer dans l’ensemble des pays limitrophes : Moldavie, Roumanie. Ce qui me réconforte tellement pour ce peuple ukrainien. Bien entendu la suite des évènements, vous la connaissez mieux que moi. Alors, je ne peux souhaiter que tout cela cesse le plus rapidement possible, et que les ukrainiens retrouvent la paix au sein de leur pays. Il est impensable de vivre encore ce genre de situation en 2022, alors que la majorité des humains sur cette Terre prône la paix et le vivre ensemble !!

Me voilà donc en Moldavie. Je comptais visiter une région indépendante de ce pays, appelée Transnistrie, mais les gardes frontières me l’ont déconseillé. Les russes étant en train de s’emparer de la région, je n’aurai aucun recours s’il m’arrivait quoi que ce soit sur ce territoire. Je change donc de plan en me dirigeant direction Chisinau (la capitale). Une trentaine de kilomètres après la frontière, deux dames m’arrêtent : « que fais-tu là ? Tu viens d’Ukraine à vélo ? ». Je leur répond que oui, et leur avoue être français. Deux minutes plus tard, le mari de Gaya ainsi que ses deux petits enfants débarquent. Alexander parle anglais et m’explique que sa maman vit à Paris depuis dix mois. De fil en aiguille la famille m’accueille pour la nuit. J’ai passé une soirée incroyable. J’avais besoin d’oublier la journée passée, du moins de me changer les idées. C’est réussi. Un festin de roi se présente à nous tous grâce à Gaya (la grand mère). Un défilé commence : la deuxième fille de Gaya, ses sœurs, dont l’une parlant français. Ils me font comprendre que j’ai de la chance d’être arrivé en Moldavie depuis l’Ukraine. Ils me mettent tellement à l’aise. Vucon, le grand père, ouvre ses propres bouteilles de vin. Et toute la famille y a le droit !! Les moldaves ont l’art du savoir vivre et de l’accueil. Les coudes se lèvent facilement, ce qui délie les langues et efface toute timidité. Ca fait un bien monstre. Après avoir lu tous les messages d’inquiétude sur mon téléphone, j’en profite pour appeler les parents, et les amis afin de les rassurer. Je m’en veux de les avoir fait stresser, paniquer. Mais ils avaient plus d’informations que moi sur la situation du moment. J’ai horreur que l’on s’inquiète pour moi. Je remercie donc toutes les personnes qui ont pris des nouvelles ce jour-ci et m’excuse une seconde fois =). Tout va bien à présent !!

Après une bonne nuit de sommeil, je reprends le vélo à la suite d’un petit déjeuner copieux. Je dis au revoir à toute cette belle petite famille. Gaya me couvre de vivres pour la suite du périple. Encore un énorme MERCI !! La route vers Chisinau n’est pas bien intéressante. Arrivé à la capitale, les auberges et les hôtels sont tous complets. La solidarité œuvre : les professionnels du tourisme offre couchage et repas aux réfugiés ukrainiens. J’ai également envie d’aider, mais je me sens impuissant. C’est à l’auberge que j’ai pu trouver ma place. Jérôme, le gérant peine à accomplir toutes les tâches au sein de l’établissement. Je me propose donc de rester trois jours afin de l’aider. Il a une jambe dans le plâtre (double fracture tibia-fibula). J’ai trop mal au cœur de le voir trimer sans broncher. Cela me permet également de discuter avec beaucoup d’ukrainien et de les aider dans leur itinérance. Les orienter vers la gare routière. Rapporter un peu de réconfort en leur cuisinant crêpes, ou autres petits plats. Ce n’est pas grand chose, mais j’ai l’impression de me sentir utile, et j’en avais besoin. Deux jours de plus m’ont été nécessaires afin de rejoindre la frontière roumaine. Une nouvelle fois, je n’ai pas pris le temps de visiter le pays (comme pour l’Ukraine). Je n’aime pas dire ça, mais j’ai fuis, c’est la vérité. Quelques kilomètres avant la Roumanie, trois moldaves m’interpellent : Georges, Vladimir et Serguei. Ils m’offrent café, biscuits, sandwichs. Nous discutons à l’abri du vent durant une bonne heure. Ils sont plus qu’inquiets de la situation, mais gardent espoir. J’ai vraiment le regret de ne pas avoir pris plus de temps pour rencontrer ces gens si gentils. Ce sera pour une prochaine fois je l’espère. J’ai comme le sentiment qu’une fois l’Union Européenne (et donc les pays de l’OTAN) regagnés, je serai libéré d’un poids. Le passage douanier se passe très bien. Une discussion s’engage avec deux agents intéressés par le périple que j’ai entrepris. Nous nous isolons pour discuter. Ils m’informent de rester très prudent sur les routes roumaines. C’est noté !! Et merci pour ce bel accueil !!

Itinéraire pour les curieux

Quelques points de passage en Ukraine et Moldavie : Odessa, Zatoka, Bilhorod, poste de frontière Tudora-Starockazacie, Rascaieti Noi, Causeni, Singera, Chisinau, Bucovat, Romanovca, Ungheni, poste frontière de Sculeni.